Savez-vous de quand date le plus vieil enregistrement audio de la Bible en breton ? Il s’agit de la parabole du fils prodigue (Luc 15, 11-32), enregistré en juillet 1900 lors de l’exposition universelle à Paris, que vous pouvez écouter à la fin de cet article.
Le médecin et anthropologue Léon Azoulay a saisi l’occasion des 50 millions de visiteurs de l’exposition pour enregistrer les voix des peuples du monde entier sur des rouleaux de cire. Parmi eux, de nombreux Bretons, c’est ainsi que parmi les 400 voix enregistrées, on retrouve 13 enregistrements en breton, dont 3 pour la parabole qui nous intéresse : Aline Lebot (Léonarde), Corentin Pichavant (Bigouden) et Pierre Laurent (Vannetais).
Afin de constituer son « Arche de Noé des langues du monde », Léon Azoulay a fait le choix collecter des matières similaires dans les différentes langues : les noms des couleurs et les nombres, des chansons, et tout particulièrement un récit biblique en faisant « lire un texte écrit dans la langue de l’individu à phonographier, et ce texte c’est l’Enfant prodigue de l’Évangile de saint Luc, traduit grâce à la Société Biblique britannique dans presque toutes les langues du monde ».
Grâce à ces rouleaux de cire retrouvés en 2023 par le journaliste breton Tudi Crequer, après plus de 120 ans oubliées au milieu des archives de la Bibliothèque nationale de France, nous pouvons entendre ces versets de la Bible en breton en trois variantes dialectales de la langue bretonne (Léon, Bigouden et Vannetais).
La totalité des enregistrements sont disponibles sur le site du Centre de Recherche en Ethnomusicologie (CREM).
Les 3 enregistrements du fils prodigue en breton
- Le premier enregistrement de la parabole du fils prodigue en breton est celui de Pierre Laurent, enregistré le mardi 24 juillet 1900, d’après une version en breton vannetais de Belz.
- Le deuxième est celui de la version de Pont-l’Abbé, prononcé par le Bigouden Corentin Pichavant, et enregistré le même jour, c’est-à-dire le 24 juillet 1900.
- Enfin, le troisième enregistrement est le plus ancien, enregistré le 20 juillet 1900, avec la voix de la Léonarde Aline Lebot. Le texte lu est basé sur la traduction en breton de 1847 du pasteur gallois John Jenkins mise à jour entre 1882 et 1887 par son fils Leon Alfred Llewellyn Jenkins.
Transcription de l’enregistrement
Lc 15, 11-12 : Un den en doa daou vab. An hini yaouankañ a lavaras d’e dad : Ma zad, roit din al lodenn eus ar madoù a zle degouezhout din. Hag an tad a bartajas e vadoù etrezint.
(Un homme avait deux fils. Le plus jeune dit à son père : mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien.)
Lc 15, 13 :Hag un nebeud devezhioù goude, ar mab yaouank-se o vezañ dastumet kement a oa dezhañ, a yeas kuit d’ur vro bell hag a zispignas eno e beadra o vevañ en dizurzh.
(Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche.)
Lc 15, 14 : Pa en doe dispignet kement hen devoa, e c’hoarvezas ur gernez vras er vro-se hag e komañsas bezañ en dienez.
(Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.)
Lc 15, 15 : Hag o vezañ aet ac’hane, en em lakaas da vevel gant unan eus a dud ar vro-se, hag hemañ a gasas anezhañ d’e zouaroù da ziwall ar moc’h.
(Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les cochons.)
Lc 15, 16 : C’hoant hen devoa bet da derriñ he naon gant ar boued a zebre ar moc’h; met den ne roe dezhañ.
(Il aurait bien voulu se rassasier des caroubes que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait.)
Lc 15, 17 : O vezañ eta antreet ennañ e-unan, e lavaras: Pegement a vevelien a zo e ti va zad, hag o deus bara ar pezh a garont, ha me a zo o vervel gant an naon !
(Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de serviteurs chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !)
Lc 15, 18-19 : Sevel a rin, hag ez in da gavout va zad, hag e lavarin dezhañ: Va zad, pec’het em eus a-enep an neñv hag a-enep dit ; ha n’on ket ken dign da vezañ galvet da vab. Gra din evel da unan eus da vevelien.
(Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes serviteurs.)
Lc 15, 20 : En em lakaat a reas eta en hent hag e teuas etrezek e dad. Hogen, pa oa c’hoazh pell, e dad a welas anezhañ, hag en doe truez outañ, hag o teredek d’e gavout, e lammas gantañ hag e pokas dezhañ.
(Et il se leva, et alla vers son père. Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa.)
Lc 15, 21 : Hag e vab a lavaras dezhañ: Va zad, pec’het em eus a-enep an neñv hag a-enep dit, ha n’on ket dign mui da vezañ galvet da vab.
(Le fils lui dit : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.)
Lc 15, 22 : Met an tad a lavaras d’e servijerien: Degasit ar sae gaerañ ha gwiskit he dezhañ, ha lakait dezhañ ur walenn war e viz hag ur botoù en e dreid,
(Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds.)
Lc 15, 23 : ha degasit al leue lart, ha lazhit anezhañ, ha debromp hag en em rejouissomp,
(Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous)
Lc 15, 24 : rak ar mab-mañ din a oa marv hag eo deuet d’ar vuhez.
(car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie.)
Sources :
« Un voyage dans le temps : les plus vieux enregistrements en breton retrouvés après 120 ans », LangueBretonne.fr, mis en ligne le 01/02/2023.
Tudi Crequer, « La parabole de l’Enfant prodigue, une pierre de rosette linguistique », Bécédia, ISSN 2968-2576, mis en ligne le 23/03/2023.
